Il y a les Nikon mythiques. Les F, les F2, le F3, ceux qui imposent immédiatement le respect par leur histoire et leur construction. Et puis il y a le Nikon EM. Plus petit, plus léger, plus simple. Souvent relégué au rang de “petit reflex automatique des années 70”. Depuis que j’ai acheté ce Nikon EM flambant neuf avec son Series E 50mm f/1.8, je me pose pourtant une vraie question : ne serait-il pas le plus sous-estimé de la gamme argentique Nikon ? Parce qu’en réalité, il est plus intéressant qu’il n’y paraît.

J’ai trouvé le mien (quasi) neuf sur Leboncoin pour… 35 €. Difficile de faire plus parlant lorsqu’on évoque un boîtier Nikon encore parfaitement fonctionnel. C’est probablement l’un des meilleurs indicateurs de son statut actuel : il reste largement sous-évalué.
Histoire et positionnement marketing
Le Nikon EM sort en 1979, dans un contexte de forte concurrence sur le marché du reflex 35 mm. Canon, Minolta et Pentax multiplient les modèles automatiques et compacts. Nikon, dont l’image est solidement ancrée dans le photojournalisme et le matériel professionnel, doit élargir sa base d’utilisateurs. Le EM n’est ni un successeur du F2 ni un F3 simplifié. Il est conçu comme un reflex automatique accessible, destiné aux amateurs souhaitant la qualité Nikon sans la complexité d’un boîtier professionnel.


Dès son lancement, le discours marketing est très clair. La publicité internationale de 1979 le présente comme “The new Nikon EM”, un appareil léger, automatique, capable de produire des images “sharp, clear, automatically”. L’accent est mis sur l’exposition électronique automatique et la simplicité d’usage : “All you do is focus and shoot.” Nikon insiste sur le fait qu’il s’agit d’un reflex qui rend la photographie plus simple, plus intuitive, presque inratable.

En France, le positionnement évolue légèrement. Une publicité le présente comme “le Nikon de tous les jours”. Le ton devient plus institutionnel. Nikon n’est plus seulement un outil de travail, mais un compagnon du quotidien. Le EM est montré porté en bandoulière, léger, accessible, compatible avec toute une gamme d’objectifs Series E et d’accessoires. On est loin du photographe de guerre, plus proche du père de famille ou de l’amateur éclairé.
C’est précisément cette ambivalence qui rend le Nikon EM intéressant. Il n’est pas professionnel, mais il est pleinement Nikon.
Présentation
Le Nikon EM est un reflex 24×36 étonnamment compact, environ 460 grammes nu. On est loin de la densité d’un F3. Avec le Series E 50mm f/1.8 monté dessus, l’ensemble devient particulièrement cohérent. Le pancake réduit l’encombrement et donne au boîtier une silhouette équilibrée et discrète.

La face supérieure est simple : sélecteur AUTO, M90 ou B, réglage ISO autour du bouton de rembobinage, levier d’armement classique et déclencheur sans fioriture. Rien de superflu. On comprend immédiatement comment il fonctionne. La construction est sérieuse. Moins massive qu’un FM, mais loin d’être fragile. On sent une vraie volonté de compacité.
Caractéristiques techniques
Le Nikon EM est un reflex à priorité ouverture uniquement. Vous choisissez l’ouverture sur l’objectif, le boîtier choisit automatiquement la vitesse. L’obturateur est un plan focal à rideaux métalliques verticaux, contrôlé électroniquement en mode AUTO. La plage automatique va de 1 seconde à 1/1000 s. En cas de problème de piles, une vitesse mécanique de secours à 1/90 s est disponible via le mode M90, ainsi que la pose B. La synchronisation flash se fait au 1/90 s.

- Reflex 35 mm (format 24×36)
- Monture Nikon F compatible AI et Series E
- Lancement en 1979, production jusqu’en 1982
- Obturateur plan focal à rideaux métalliques verticaux
- Priorité ouverture uniquement (mode AUTO)
- Plage de vitesses : 1 s à 1/1000 s en automatique
- Vitesse mécanique de secours : 1/90 s (M90)
- Mode pose B
- Synchronisation flash : 1/90 s
- Mesure de lumière pondérée centrale par cellule au silicium
- Indication par aiguille dans le viseur
- Signal sonore en cas de surexposition
- Sensibilité réglable de 25 à 1600 ASA
- Viseur avec stigmomètre central, microprismes et couverture d’environ 92 %
- Mise au point manuelle
- Retardateur mécanique d’environ 10 secondes
- Alimentation par 2 piles SR44
- Fonctionne uniquement en M90 et B sans piles
- Poids d’environ 460 g nu




Ce qu’il n’a pas est tout aussi important : pas de mode manuel complet, pas de testeur de profondeur de champ, pas de viseurs interchangeables, pas de verrouillage du miroir. Le EM assume sa simplicité.
À l’usage
Le Nikon EM impose un rythme particulier. On choisit l’ouverture, on cadre, on déclenche. La priorité ouverture change le rapport à l’exposition. On pense profondeur de champ, le boîtier gère la vitesse. L’aiguille dans le viseur permet de vérifier que l’on reste dans une zone confortable pour éviter le flou de bougé.

En lumière stable, il est très agréable. En lumière contrastée, il demande un peu d’attention, comme tout système pondéré central. Le déclenchement est plus sonore qu’un F3, plus sec, moins feutré et moins agréable.

Le vrai changement vient du poids. Le EM est léger. On l’oublie facilement autour du cou. Pour une balade à Nantes ou ailleurs, c’est un vrai atout. Il ne s’impose pas, il accompagne. Cette simplicité devient presque une discipline. On ne se perd pas dans les réglages, on photographie.


Le Series E 50mm f/1.8
Le Series E 50mm f/1.8 est le compagnon naturel du EM. Compact, lumineux, cohérent avec l’esprit du boîtier. Sa formule optique comprend 6 éléments en 5 groupes, l’ouverture va de f/1.8 à f/16, avec 7 lamelles. La mise au point minimale est de 60 cm.

Il adopte un format dit “pancake”, c’est-à-dire une conception particulièrement courte en longueur. Contrairement aux 50 mm plus volumineux de la gamme Nikkor, il dépasse très peu du boîtier. Cette compacité renforce l’équilibre du Nikon EM et donne à l’ensemble une silhouette fine, presque discrète pour un reflex. Une fois en main, le couple boîtier-objectif reste léger et peu encombrant, ce qui change réellement l’expérience au quotidien.

Optiquement, il est plutôt bon dès f/2.8. À pleine ouverture, le contraste est légèrement plus doux, mais le rendu reste naturel. Il a longtemps souffert d’une image plus “économique” que les Nikkor traditionnels, mais sur le terrain, il tient parfaitement son rôle.


Pourquoi choisir un Nikon EM aujourd’hui ?
Parce qu’il est moins cher qu’un FM ou qu’un FE. Parce qu’il permet d’accéder à la monture F sans investissement important. Parce qu’il oblige à simplifier son approche. Parce qu’il est compact et facile à emporter. Parce qu’il raconte une facette différente de Nikon. Et aussi parce qu’il incarne une époque où Nikon cherchait à démocratiser son savoir-faire sans renoncer à son exigence.


Le Nikon EM n’est pas spectaculaire. Il ne cherche pas à l’être. Il ne remplace pas un F3. Mais il est peut-être l’un des reflex Nikon les plus injustement négligés. Particulièrement compact, bien proportionné, presque élégant dans sa simplicité, il dégage une vraie cohérence esthétique. Rien d’ostentatoire, rien d’excessif. Un boîtier léger, équilibré, agréable à manipuler.
À ce prix-là, avec une priorité ouverture simple et efficace, c’est aussi un excellent choix pour débuter en argentique, bien comprendre le triangle d’exposition, sans intimidation ni complexité inutile.


