Il y a des bâtiments que l’on connaît depuis longtemps sans les avoir réellement vus de près. Les Choux de Créteil font partie de ceux-là pour moi. Leur silhouette étrange, aperçue régulièrement depuis la Peugeot 305 de mes parents, m’intriguait depuis l’enfance. Ces tours aux balcons arrondis semblaient presque irréelles, comme sorties d’un film de science-fiction des années 70.
J’ai profité d’un passage en région parisienne pour aller enfin les découvrir de près, avec un Nikon F3 HP chargé d’une pellicule Kentmere 400. L’idée était simple : une petite balade photographique autour de ces bâtiments qui me fascinent depuis longtemps.

Ce dimanche matin, la météo ne s’est pas montrée très coopérative. Le ciel était gris, la lumière assez plate, et la brume enveloppait les tours. Sur le moment, j’ai presque regretté de ne pas avoir eu le grand soleil d’hiver prévu. Mais en voyant les images après développement, cette atmosphère voilée s’est finalement révélée plutôt intéressante, notamment avec la Kentmere 400.
Une architecture très singulière
Les Choux de Créteil ont été construits entre 1969 et 1974. Leur architecte, Gérard Grandval, souhaitait rompre avec l’image austère et répétitive des grands ensembles qui se multipliaient à l’époque autour de Paris.
Plutôt que de dessiner des barres ou des tours rectangulaires, il imagine des tours entièrement rondes, entourées de larges balcons incurvés qui enveloppent chaque étage. Ces balcons élargis vers l’extérieur donnent aux immeubles une silhouette très particulière, faite de volumes superposés.
C’est cette forme qui vaut rapidement aux huit tours (si je les ai bien comptées) leur surnom de “Choux”.

À l’origine, Gérard Grandval imaginait que les habitants puissent végétaliser ces grands balcons, créant ainsi une sorte de jardin vertical autour des tours. La végétation devait adoucir l’architecture et transformer progressivement les façades au fil des saisons.

Mais cette idée a été abandonnée avant même la fin du projet, notamment pour des raisons d’entretien et de gestion. Les balcons sont donc restés nus pour la plupart, laissant apparaître pleinement la forme sculpturale du béton.
Aujourd’hui encore, cette silhouette reste immédiatement reconnaissable dans le paysage urbain.
Un terrain de jeu photographique
Les formes circulaires répétées, les lignes verticales et les volumes du béton créent des compositions très graphiques. Selon l’angle choisi, les façades deviennent presque abstraites.

Certaines vues fonctionnent particulièrement bien en contre-plongée, où les balcons semblent se superposer à l’infini. D’autres images se prêtent davantage à des cadrages plus serrés, qui mettent en valeur les textures du béton et les détails de l’architecture.

La légère brume présente ce jour-là simplifiait aussi beaucoup les arrière-plans, laissant les formes principales dominer l’image.
Se perdre autour des tours
Une fois sur place, la meilleure approche reste simplement de tourner autour des bâtiments et de regarder.

Les perspectives changent constamment. À certains endroits, les balcons forment des motifs presque géométriques. À d’autres, ils deviennent des volumes très sculpturaux.


Les abords des tours offrent aussi des détails intéressants : enseignes anciennes, éclairages, éléments urbains en béton…


Une architecture qui ne laisse pas indifférent
Les Choux de Créteil divisent souvent les opinions. Certains les trouvent fascinants, d’autres les jugent un peu étranges.
Pour ma part, je reste impressionné par leur caractère unique et original. On sent dans ce projet une vraie volonté d’expérimentation architecturale, assez rare à cette échelle, qui a d’ailleurs reçu en 2008 le label «Patrimoine du XXe siècle».


Côté photo, c’est en tout cas un lieu passionnant. Les formes, les volumes et les textures offrent une grande variété de compositions possibles.
Cette première visite donne envie d’y revenir, peut-être avec une lumière différente, ou même avec un appareil moyen format pour explorer encore davantage ces formes étonnantes.



