Samedi 17 octobre, j’ai marché avec les lycéens à Nantes, en parent solidaire. Leurs pancartes disent tout : je me suis contenté de les photographier, au Nikon F6 sur Ilford Delta 3200.

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Samedi 17 octobre, j’étais à la manifestation des lycéens à Nantes. Pas pour la « couvrir » : pour marcher avec eux. Comme parent, et comme adulte qui trouve qu’ils ont raison.

Depuis des semaines, ils se mobilisent. Classes surchargées, postes supprimés, bâtiments à bout de souffle, un bac réformé à la va-vite et Parcoursup qui transforme l’avenir en algorithme : la liste est longue, et elle ne date pas d’hier. Ce jour-là, syndicats et associations les ont enfin rejoints. Ils étaient nombreux, bruyants, drôles, et d’une lucidité qui devrait faire rougir pas mal de monde.

J’avais le F6 en bandoulière, mais je n’étais pas là pour l’ambiance. Je voulais garder une trace de ce qu’ils avaient à dire. Et ils avaient beaucoup à dire.

Leurs mots, pas les miens

Les pancartes, c’est ce que je retiens de cette journée. Des cartons de déménagement, du feutre, de la peinture, et une inventivité folle. Presque chaque groupe avait la sienne. Je me suis contenté de les photographier : les mots sont à eux.

« Taisez-vous plus fort. » Tout est dit. On demande aux jeunes d’être sages, de patienter, de faire confiance. Eux répondent qu’ils ont assez attendu.

Certaines s’adressent directement à ceux qui décident, par leur prénom, comme un mot laissé sur le frigo. « Brigitte, quel monde veux-tu laisser à Emmanuel ? » Je n’ai rien à ajouter.

D’autres ont choisi le t‑shirt plutôt que le carton : les mains restent libres, et le message suit partout. Et puis il y a « Gros pigeon », la toute première photo de cet article, avec son trou pour le visage. Celle qui la portait a regardé l’objectif, j’ai déclenché, elle est repartie. C’est ma meilleure photo de la journée, et c’est elle qui a tout fait.

« C’est pas la manif qui déborde »

En marchant dans le cortège, avec un peu plus de deux mètres de haut, j’avais l’avantage de voir les pancartes passer à hauteur d’objectif. Le 105 mm me laissait à quelques mètres, sans coller l’appareil sous le nez de personne. Il isole un slogan et noie le reste dans la foule. Et dans la foule, on ne voit jamais rien en entier.

Le soir, je n’étais plus là. Les médias ont parlé de « débordements », et je ne raconterai pas ce que je n’ai pas vu. Mais je retiens cette pancarte, et celle-ci : « Bienvenue en lacrymocratie ». Quand des lycéens en viennent à écrire ça sur un carton, c’est que quelque chose déborde, oui. Et ce n’est pas eux.

Pourquoi j’y retournerai

Parce que ces jeunes ont raison de refuser qu’on leur demande de se contenter de moins. Parce qu’ils le disent avec humour, avec colère et avec talent, et que ça mérite d’être vu ailleurs que dans le cortège. Et parce qu’en tant que parent, je n’ai pas envie de leur expliquer plus tard que j’étais d’accord, mais resté chez moi.

« Voleurs, rendez-nous la joie. » Je ne vois pas de meilleure conclusion.

En fin de cortège, une pancarte traînait sur le trottoir. Elle avait fini sa journée. Pas le mouvement.

Côté matériel

Nikon F6, Micro-Nikkor 105 mm f/2.8 et une Ilford Delta 3200, chargée pour la pénombre des rues étroites. Il a fait grand soleil. Petite surprise : malgré son nom, la Delta 3200 a une sensibilité nominale de 1000 ISO, le reste vient d’un développement poussé. Je l’ai exposée à 3200 et Emmatitia l’a développée en conséquence. À 3200 en plein soleil, la règle du f/16 donne 1/3200 s à f/16, et à f/8 on dépasse le 1/8000 du F6. J’ai donc passé l’après-midi diaphragme fermé, en comptant sur la latitude de la pellicule. Elle a tenu, avec un grain bien visible qui donne aux images un air de photo de presse des années 70. Ça leur va bien. La prochaine fois, par beau temps : une 400 ISO.

Vous êtes sur une de ces photos et préférez ne pas y être ? Un message via la page contact suffit : je floute ou je retire l’image sous 48 heures, sans poser de question.

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