Solide, cohérent et agréable à utiliser, le Nikon F3 HP est un boîtier professionnel conçu pour accompagner le photographe sur le long terme. Un appareil fiable, modulable et toujours très pertinent aujourd’hui.

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Quand on parle d’appareils professionnels en photographie argentique, le Nikon F3 HP revient presque toujours dans la conversation. Et pour cause : conçu pour durer, pensé pour les pros, tout en restant incroyablement agréable à utiliser pour les amateurs passionnés.

De tous les boîtiers que j’ai pu essayer, le F3 HP est sans doute celui que je prends le plus souvent avec moi, sans trop réfléchir. Ce que j’aime avec ce boîtier, c’est qu’il ne cherche pas à impressionner. Il fait le job. Bien. Longtemps. On le charge, on règle l’ouverture, on déclenche. Il ne s’interpose jamais entre le photographe et la photo.

Un peu d’histoire

Présenté en 1980, le Nikon F3 succède aux mythiques F et F2 dans la gamme professionnelle de Nikon. C’est un moment charnière pour la marque. Le marché évolue, l’électronique s’impose progressivement, mais beaucoup de photographes restent méfiants. Nikon avance donc avec prudence.

Publicité Nikon présentant l’évolution des boîtiers professionnels de 1954 à 1980, jusqu’au Nikon F3.
De 1954 au Nikon F3, près de 30 ans d’évolution des boîtiers pros Nikon dans une seule image.

Le F3 est le premier boîtier professionnel Nikon à adopter un obturateur piloté électroniquement, associé à une exposition automatique en priorité ouverture. Pour autant, Nikon ne rompt pas totalement avec la mécanique. En cas de panne de piles, l’appareil reste utilisable grâce à une vitesse mécanique de secours au 1/60 s, ainsi qu’en pose B. Une solution simple et rassurante, fidèle à la philosophie Nikon de l’époque.

La version HP (High Eyepoint), lancée peu après, se distingue uniquement par son viseur DE-3. Il permet une visée confortable même avec des lunettes, sans avoir à coller l’œil à l’oculaire. À l’usage, ce n’est pas un détail, mais un vrai confort, surtout sur de longues sessions.

Deux publicités vintage du Nikon F3 : l’une vante son intelligence technologique, l’autre sa robustesse en situation de guerre.
Deux approches pour un même mythe : performance électronique ou fiabilité en zone de guerre, le Nikon F3 coche toutes les cases.

Le design est signé Giorgetto Giugiaro. Un nom bien connu des amateurs d’automobile, à qui l’on doit aussi des lignes devenues iconiques dans les années 70 et 80. On retrouve ici la même approche : une esthétique sobre, dictée par la fonction, où chaque ligne a une raison d’être. Le grip rouge, immédiatement identifiable, n’est pas là pour faire joli, mais pour améliorer la prise en main et servir de repère visuel. Comme sur une bonne voiture dessinée pour rouler, pas pour briller dans un showroom.

Publicité Nikon F3 vantant sa résistance dans les pires conditions, avec carte de la Birmanie et accessoires de terrain.
Le Nikon F3, compagnon des reporters dans les missions les plus extrêmes, de l’Afghanistan à l’espace.
Publicité d’époque – Nikon F3 – Congratulations – 1984
Publicité originale du Nikon F3 publiée en 1984. “Congratulations. You’ve finally gotten serious.”

Construction et robustesse

Le Nikon F3 HP est un boîtier dense, construit autour d’un châssis en alliage de cuivre, aluminium et silicium, commun à toutes les versions.
Sur les modèles F3 et F3 HP dits « standards », les capots supérieur et inférieur sont en alliage d’aluminium. Certaines versions spécifiques, comme le F3/T, sont équipées de capots en titane, principalement pour des raisons de résistance accrue.

Quelle que soit la version, la réputation de robustesse du F3 n’est pas usurpée. C’est un boîtier conçu pour encaisser, résister à un usage intensif, et surtout continuer à fonctionner dans le temps. Il est protégé contre la poussière et l’humidité (sans être étanche), et a accompagné des générations de photojournalistes sur le terrain.
Il m’est malheureusement arrivé de faire tomber le boîtier depuis mon sac photo, sur la route. Il n’a pas bronché. Ce genre d’expérience crée rapidement un lien très particulier avec un appareil.

En main, le boîtier inspire immédiatement confiance. Les commandes tombent bien, les molettes sont fermes sans être dures, le levier d’armement est précis. Malgré son poids et son gabarit, il se fait vite oublier, notamment avec des focales standards ou courtes.

Une visée confortable et bien pensée

Le viseur High Eyepoint est l’un des points forts du F3 HP. Large, lumineux, confortable, il permet de composer sans se crisper. Le grossissement est d’environ 0,75× avec un objectif de 50 mm, et la lisibilité reste excellente même à distance de l’oculaire.

Les verres de visée sont interchangeables. J’en ai quelques-uns mais j’utilise surtout un verre Type P, avec stigmomètre à 45°, particulièrement efficace pour les lignes, l’architecture et les mises au point précises. L’affichage est clair, sans surcharge inutile.

Le boîtier permet aussi de changer complètement d’approche grâce à ses viseurs alternatifs. J’ai notamment un viseur poitrine DW-3, que j’utilise ponctuellement. La visée devient alors plus lente, plus posée, l’appareil se tient à hauteur de poitrine, et le rapport à la scène change. Ce n’est pas mon usage principal du F3, mais c’est un accessoire que j’apprécie pour prendre le temps de cadrer autrement.

Caractéristiques techniques du Nikon F3 HP

  • Type : appareil photo reflex argentique professionnel
  • Format : 24 × 36 mm (pellicules 35 mm)
  • Monture : Nikon F
  • Année de lancement : 1980
  • Modes d’exposition : manuel et priorité ouverture
  • Mesure de lumière : TTL pondérée centrale
  • Plage de vitesses : de 8 s à 1/2000 s
  • Vitesse mécanique de secours : 1/60 s (fonctionnement sans piles)
  • Pose B : oui (fonctionnelle sans piles)
  • Synchronisation flash : 1/80 s
  • Sensibilité ISO : 12 à 6400
  • Viseur : High Eyepoint DE-3, interchangeable
  • Verres de visée : interchangeables (Type P, E, B, etc.)
  • Obturateur oculaire : intégré
  • Double exposition : oui, via levier dédié
  • Motorisation : compatible avec le moteur MD-4
  • Flash : compatibilité Nikon TTL (notamment avec le SB-17)
  • Alimentation : 2 piles LR44 ou SR44
  • Châssis : alliage cuivre / aluminium / silicium
  • Capots : aluminium (titane sur versions spécifiques F3/T)
  • Protection : joints contre poussière et humidité (non étanche)
  • Poids : environ 760 g (boîtier nu)

Sur le papier, rien de superflu. À l’usage, tout est à sa place.

Un écosystème d’objectifs et d’accessoires très complet

L’un des grands plaisirs du Nikon F3 aujourd’hui, c’est son écosystème.

Sur ma version, l’objectif que j’utilise le plus souvent est le Micro-Nikkor 55mm f/2.8. C’est celui qui est monté par défaut sur le boîtier. Polyvalent, précis, très agréable en mise au point manuelle, il se prête aussi bien aux scènes du quotidien qu’aux détails plus serrés. Avec une bague PK-13, il permet en plus d’explorer la macro sans difficulté.

J’ai aussi dans mon sac un Nikkor 50mm f/1.2, pour sa luminosité et son rendu, un Nikkor 20mm f/2.8 pour les scènes plus larges et l’architecture, et un Nikkor 105mm f/2.5, toujours aussi plaisant pour le portrait.
L’ensemble forme un kit cohérent, robuste et complémentaire, parfaitement en phase avec l’esprit du F3.

Le boîtier accepte également de nombreux accessoires. Il peut recevoir une motorisation MD-4, capable d’atteindre jusqu’à 6 images par seconde, transformant le F3 en véritable machine de reportage.

Le Nikon F3 HP à l’usage, aujourd’hui

Sur le terrain, le Nikon F3 HP est d’une simplicité redoutable. Je l’utilise le plus souvent en priorité ouverture. Je choisis mon diaphragme, la cellule m’indique la vitesse, et je déclenche. Si la lumière devient plus complexe, je repasse en manuel, sans changer de logique.

Le déclenchement est doux, le bruit sec mais feutré. Rien de spectaculaire, mais tout est à sa place. C’est un boîtier qui met en confiance. Il dispose aussi d’un levier dédié à la double exposition, simple à utiliser, sans bricolage ni manipulation hasardeuse.

J’utilise aussi ponctuellement un flash Nikon SB-17. Le montage est simple, la synchronisation fiable, et l’ensemble fonctionne sans surprise. Ce n’est pas mon usage principal du F3, mais quand il faut déboucher une scène ou travailler en lumière difficile, c’est très pratique et parfaitement intégré.

Ce qu’il faut avoir en tête avant de se lancer

Avant d’acheter un Nikon F3 HP, quelques vérifications s’imposent : le bon fonctionnement de la cellule, la régularité des vitesses, l’état du viseur et des joints. Rien de très compliqué, mais mieux vaut être attentif.

Il faut aussi accepter son gabarit et son poids. Ce n’est pas un boîtier discret ni léger. En revanche, on gagne un reflex argentique (ultra) fiable, (ultra) polyvalent et conçu pour durer.

Bilan personnel

Le Nikon F3 HP est l’un de mes boîtiers favoris. Il m’accompagne dans la majorité de mes sorties, y compris en voyage, parfois dans des conditions pas toujours idéales. Et je sais que je peux lui faire confiance.

Il est solide, complet, cohérent. Il ne cherche pas à se faire remarquer. Il me laisse photographier, tout simplement. Et au fond, c’est exactement ce que j’attends d’un appareil photo argentique.

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