Quand mon ami Christophe m’a prêté ce boîtier, je me suis dit : tiens, un demi-format neuf, en 2024 ? Voilà qui mérite qu’on s’y penche.
Après l’Olympus Pen EE-3 et le Canon Dial 35-2, que j’ai déjà testés, ce Pentax 17 arrive comme une proposition différente. Plus moderne, plus propre, et surtout plus ambitieuse. Mais aussi plus étonnante : car aujourd’hui, très peu de marques misent encore sur l’argentique. Alors pourquoi Pentax a-t-il sorti ce boîtier ? Et surtout, qu’a-t-il dans le ventre ?
Histoire & contexte
Le demi-format, ce n’est pas nouveau. Dans les années 60, c’était même un argument marketing : deux photos pour le prix d’une. Moins de rechargements, plus de souvenirs par pellicule. Olympus, Canon, Ricoh ou Yashica s’y sont tous essayés, avec plus ou moins de succès.
Mais depuis, le marché s’est tari. Les boîtiers demi-format anciens sont devenus des objets de collection, parfois fatigués, souvent limités. Et puis voilà que Pentax annonce, en 2024, un nouveau boîtier argentique. Un vrai. Avec levier, pellicule, viseur optique, et sans le moindre capteur.
Le projet est né chez Ricoh Imaging, propriétaire de la marque Pentax depuis 2011. Et c’est là que réside l’explication : Ricoh ne développe plus d’appareils photo sous sa propre marque (hors GR), mais a choisi de relancer la photographie argentique sous l’étiquette Pentax — un nom chargé d’histoire.
Le Pentax Film Camera Project, lancé fin 2022, avait pour but de répondre à l’intérêt grandissant des jeunes générations pour l’argentique. Le Pentax 17 est le premier résultat concret de cette initiative.

Un appareil neuf, pensé pour ceux qui découvrent l’argentique comme pour ceux qui y reviennent. Ni réédition, ni gadget : une vraie tentative de repenser un boîtier argentique pour aujourd’hui.
Présentation technique
Le Pentax 17 est un appareil compact à film 35 mm, au format demi-format vertical (17×24 mm).
Il est équipé d’un objectif 25 mm f/3,5 fixe, traité HD, avec mise au point par zones (six distances au choix, de 0,25 m à l’infini).
Il dispose d’un levier d’avancement manuel, d’une molette de sélection de modes sur le dessus (auto, paysage, low light, selfie, etc.), d’un flash intégré, et d’un viseur optique clair avec indication de distance.



Le design rend hommage à l’histoire de la marque, avec un levier inspiré du Pentax Auto 110 et une typographie qui rappelle le Pentax 67. Il a été conçu par une équipe mêlant jeunes ingénieurs et anciens de la maison Pentax, dans un souci d’épure et de durabilité.


Caractéristiques principales
- Format : demi-format 35 mm (24 × 17 mm, format vertical par défaut)
- Objectif : Pentax 25 mm f/3.5 (traitement HD) – 3 éléments en 3 groupes
- Mise au point : par zones (6 pictogrammes) – de 0,25 m à l’infini
- Vitesse : automatique, de 1/350 s à 4 s selon la luminosité + pose B
- Exposition : automatique avec sélection de mode (Auto, Paysage, Low light, etc.)
- Ouverture : automatique, pilotée selon le mode choisi
- ISO : de 50 à 3200 ISO (réglage manuel par bague autour de l’objectif)
- Compensation d’exposition : ±2 IL par paliers de 1/3
- Avancement : manuel par levier (type reflex)
- Rembobinage : manuel via manivelle
- Flash : intégré (activation automatique ou manuelle selon le mode) – NG 6 à 100 ISO
- Viseur : optique avec correction de parallaxe et indication de zone de mise au point
- Filetage filtre : 40,5 mm
- Alimentation : 1 pile lithium CR2
- Autonomie : environ 10 rouleaux avec une pile neuve (selon Pentax)
- Dimensions : env. 127 × 78 × 52 mm
- Poids : env. 290 g (sans film ni pile)
À l’usage…
Pour ce test, j’ai chargé le Pentax 17 avec une pellicule Kodak Tmax 400… périmée depuis 2003! Pas forcément le choix le plus rationnel pour juger la qualité d’un objectif, mais l’occasion de tester son comportement avec beaucoup de grain, de contraste, et des noirs profonds, à l’occasion d’une sortie argentique avec le Photo Club Nantais.
Spoiler : ce n’est pas la douceur d’une Portra, mais le résultat a du caractère.


Ce qui frappe d’abord, c’est la sensation d’avoir un appareil argentique neuf entre les mains.
Tout est propre, net, précis. Le levier d’armement glisse sans résistance, le déclencheur répond au quart de tour, les molettes ne grincent pas. Pour quelqu’un habitué aux boîtiers patinés et aux viseurs un peu ternis, c’est… presque déstabilisant.
La prise en main est agréable, bien pensée, presque intuitive. Les commandes tombent naturellement sous les doigts, sans qu’on ait besoin de sortir le mode d’emploi. Pas besoin de chercher midi à quatorze heures : on comprend vite comment ça fonctionne, ce qui est un bon point pour un appareil qui s’adresse aussi à celles et ceux qui découvrent (ou redécouvrent) l’argentique.


Petit bémol cependant : la molette des modes, placée juste à côté du levier d’armement, est très souple et trop proche à mon goût. Il m’est arrivé, en armant rapidement l’appareil, de la faire tourner par inadvertance. Ce n’est pas catastrophique, mais pas très pratique non plus, surtout quand on veut aller vite ou qu’on shoote à l’instinct. Une légère résistance ou un petit cran d’arrêt aurait été bienvenu pour éviter ce genre de fausse manœuvre.
Le viseur est clair, avec une indication visible de la zone de netteté selon la distance choisie. Ce n’est pas un viseur de reflex ou de télémétrique, bien sûr, mais il reste confortable pour un compact de cette catégorie.


La mise au point par zones, elle, demande un minimum d’attention. Ce n’est ni un autofocus, ni une bague classique : ici, on choisit parmi six distances, symbolisées par des pictogrammes. On estime, on règle, on déclenche.
L’objectif 25 mm f/3,5, avec traitement HD, équipe en standard le Pentax 17. Il est fixe, non interchangeable, et fonctionne en mise au point par zones. Difficile de juger précisément de ses performances : les photos présentées ayant été réalisées avec une pellicule Kodak Tmax 400 périmée depuis 2003, dont le rendu est très contrasté, avec beaucoup de grain.
On pourra donc simplement dire que, dans ces conditions, l’appareil s’en sort sans difficulté particulière. Pas de problème de surexposition, pas de flou intempestif, et une restitution fidèle de la scène (à l’échelle du demi-format, bien sûr).


Au fil des déclenchements (très discrets), j’ai trouvé que le Pentax 17 encourageait un usage détendu, sans sacrifier le plaisir du geste. Ce n’est pas un appareil “technique”, ni un objet à collectionner, mais un boîtier qu’on peut sortir sans appréhension. Un appareil qui donne envie de photographier, sans se prendre trop au sérieux.


Et finalement, c’est peut-être ça, sa vraie qualité.
Conclusion
Le Pentax 17 ne cherche pas à concurrencer les vieux boîtiers. Il ne cherche pas à séduire les puristes ou les collectionneurs de métal usiné.
Il propose autre chose : une manière simple, fiable et directe de refaire de la photo argentique aujourd’hui. Et dans un marché où les appareils neufs sont plus rares qu’un 24 poses couleur en supermarché, c’est déjà une petite révolution en soi.

Pour ma part, j’ai toujours eu une préférence pour les boîtiers anciens, compacts, tout métal, au charme un peu brut – comme l’Olympus Pen EE-3, par exemple. Des appareils qui ont traversé les décennies avec leur lot de rayures et de bosses, mais qui continuent à déclencher comme au premier jour.
Le Pentax 17 n’a pas cette histoire-là. Mais il remplit très bien son rôle : il remet l’argentique dans les mains de celles et ceux qui veulent (re)commencer, sans se compliquer la vie.


Ce n’est pas un appareil que j’aurais ajouté à ma collection.
Mais c’est un boîtier que j’ai pris plaisir à utiliser.


