Première tentative de série photo au parking Gare Nord de Nantes. Cohérente, mais sans propos. Un point de départ vers une pratique de la photo plus réfléchie ?

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Jusqu’à récemment, ma pratique photographique se résumait à des balades, appareil à la main, à la recherche d’une belle image. J’aime ce moment de liberté où l’on marche sans but, où le regard se laisse guider par la lumière, un détail, une scène. C’est (enfin c’était jusqu’à maintenant) ma seule façon de photographier : instinctive, simple, spontanée.

Et puis, un soir, j’ai assisté à une réunion de l’atelier “Série” du Photo Club Nantais. On y parlait de cohérence, de narration, de regard d’auteur. De cette idée qu’une succession d’images pouvait, ensemble, raconter quelque chose qu’aucune photo seule ne dirait. Cette approche m’a intrigué. J’ai eu envie d’essayer, sans trop savoir comment m’y prendre.

Le lendemain, je suis allé au parking de la Gare Nord de Nantes, à deux pas de chez moi. Un lieu banal, brut, presque sans âme. J’ai décidé de m’y prêter à l’exercice : un appareil (Nikon F3 HP), un objectif (Micro Nikkor 55mm f/3.5), une pellicule (Ilford Delta 100) et le même moment. J’ai cherché des lignes, des textures, des signes, en essayant de composer un ensemble cohérent. Et sur ce point, je crois que j’y suis à peu près arrivé : les images (présentées dans cet article) se tiennent plutôt entre elles, visuellement au moins.

Mais avec un peu de recul, cette cohérence reste superficielle. La série ne raconte pas grand-chose. Elle est uniforme, mais vide. Elle documente un lieu sans vraiment en dire quelque chose. Et c’est précisément ce constat qui la rend utile : j’ai compris que la cohérence formelle ne suffit pas. Il faut un propos, une idée, un fil à tirer.

Du réflexe à la réflexion

Photographier en série, c’est peut-être une autre manière de regarder. Une façon de réfléchir un peu plus à ce qu’on fait, sans pour autant perdre la spontanéité. Ce n’est plus seulement chercher une “belle image”, mais essayer de relier les choses entre elles, de raconter quelque chose, même de très simple et même si ce n’est pas tout à fait clair.

La série comme langage

Photographier en série, c’est peut-être aussi accepter que toutes les images ne soient pas fortes. Certaines ne servent qu’à faire respirer l’ensemble. D’autres font le lien. Elles cessent d’être des photos isolées pour devenir les fragments d’un même récit. On ne cherche plus la photo parfaite, mais une justesse d’ensemble.

Cette démarche introduit nécessairement davantage de préparation, voire d’intention. On réfléchit au ton, au sujet, à la distance. Ce n’est plus seulement la flânerie, mais ce n’est pas non plus une mise en scène. C’est un entre-deux : une écriture visuelle qu’on découvre en marchant.

Trouver l’équilibre

Le piège dans lequel je pourrais facilement tomber, c’est peut-être de basculer dans une photographie trop conceptuelle, où chaque image doit “prouver” quelque chose. À trop vouloir penser, on finit certainement par perdre le plaisir de voir. La série n’a pas besoin d’être théorique. Elle doit simplement avoir un point d’ancrage : un lieu, une idée, une émotion. C’est dans cet équilibre entre la réflexion et l’instinct que la photographie garde sa vie. Pas simple.

Une pratique qui évolue

Cette première série au parking Gare Nord restera donc un brouillon, mais un brouillon utile.

Elle m’a appris qu’une suite d’images peut être cohérente sans être parlante, construite sans être habitée.
Et si elle manque d’âme et de profondeur, c’est aussi parce qu’elle n’a pas vraiment été préparée. J’y suis allé sur un élan, presque par réflexe, sans intention claire.
C’était une démarche instinctive, plus proche finalement de la balade que du projet.

Mais elle m’a permis de comprendre la différence.

La vraie difficulté, ce n’est pas de composer une série homogène, mais de lui donner une raison d’exister.
Elle m’a surtout donné envie de poursuivre dans cette direction, d’apprendre à préparer mes images sans perdre la spontanéité du terrain. Passer du geste au projet, du réflexe à l’intention. Peut-être est-ce ça, finalement, le passage de la photographie de balade à la photographie de série.

Je n’ai bien entendu pas l’intention d’abandonner la balade photographique. Elle garde quelque chose de vivant, d’imprévisible, d’essentiel. Mais la série m’ouvre peut-être une autre porte : celle d’un regard plus construit, d’une réflexion en fil rouge. Les deux peuvent certainement cohabiter, se nourrir, s’équilibrer.

Je vais donc persévérer.
Et qui sait ? La prochaine série sera peut-être un peu plus réussie… et plus gaie. Sans oiseau mort cette fois. Promis.

2 réponses

  1. Pas facile cet exercice de la série en photo… mais ne sois pas si dur, pour une première, je la trouve plutôt réussie !
    Bonne continuation.

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