Une TMAX périmée, un Leica M3, un Nikon F3… et une pellicule oubliée. Résultat : une série de doubles expositions accidentelles entre le musée d'Art de Nantes et le parking de la Gare. Une bonne surprise ?

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Je pensais avoir déjà connu pas mal d’aléas en argentique, mais il me manquait celui-là : oublier qu’une pellicule avait déjà été exposée… et pas avec le même appareil.
En fouillant dans un tiroir, je suis tombé sur une TMAX 400. Une vieille. Une pellicule périmée depuis un bon moment, du genre qu’on garde “au cas où”. Impossible de dire si elle était vierge, entamée ou complètement terminée.

Je me suis dit : « On verra bien ». La devise la moins scientifique du monde, mais souvent la plus honnête en argentique.

Ce que j’avais complètement oublié, c’est que je l’avais déjà shootée… avec le Leica M3.
Et comme je ne note jamais ces choses-là (je sais, je devrais), j’ai tout simplement rechargé la pellicule dans le Nikon F3 et je suis reparti comme si de rien n’était.

Quelques jours plus tard, j’ai récupéré les scans.

Et là, surprise, ça a été le grand mélange : les vues du Leica et celles du Nikon avaient décidé de cohabiter sur la même pellicule. Le Musée d’Art de Nantes se retrouvait superposé au parking de la gare. Les silhouettes croisées dans les salles blanches flottaient devant des néons industriels. Un tableau abstrait se glissait dans une rangée de colonnes en béton. Même les reflets du Leica s’entremêlaient avec les traits plus nets du F3.

La TMAX périmée n’arrangeait rien : grain énorme, noirs capricieux, zones voilées… Mais c’est justement ça qui donnait cette ambiance un peu spectrale, presque involontairement poétique.
Rien n’était prévu. Rien n’était “pensé”.

Et pourtant, ça racontait quelque chose : deux lieux, deux appareils, deux moments d’une même pellicule qui n’en faisait qu’à sa tête. Ça m’a fait sourire. Et, au passage, ça m’a rappelé pourquoi j’aime autant l’argentique : ce mélange entre maîtrise et hasard, entre technique et oubli total.

On peut faire attention à tout… et se planter quand même. Et parfois, ce sont ces erreurs qui donnent les images les plus surprenantes. En regardant cette série un peu accidentée, une idée a commencé à germer : et si j’essayais la double exposition… mais en la préparant, cette fois ?

Plus de préparation mais… moins de résultat !

Quelques jours plus tard donc, porté par l’enthousiasme de cette pellicule oubliée, j’ai voulu tenter la double exposition… mais cette fois de manière volontaire. Même idée : une première série au Musée d’Art, puis une seconde dans le parking Gare Nord.

Sur le papier, tout était simple. En pratique, c’était une autre histoire.

Ne souhaitant pas utiliser la fonction dédiée du Nikon, j’ai essayé de remettre la pellicule exactement au même endroit que lors de la première exposition. Le genre de manipulation qui semble faisable, mais où le moindre millimètre compte.
Autant dire que ce n’est pas vraiment une science exacte. Et sans surprise, l’alignement n’a pas suivi.

Les vues ne se superposaient pas comme prévu, ou alors seulement par fragments, comme si deux images décidaient de se frôler sans jamais vraiment se rencontrer. Le musée d’un côté, le parking de l’autre — mais chacun un peu décalé, un peu à côté de la plaque.

Les photos ne sont pas ratées, mais disons qu’elles ne racontent pas ce que j’espérais.

Elles montrent surtout que la double exposition “contrôlée” demande une précision que je n’ai pas encore. Ou peut-être qu’il faut juste accepter que l’argentique a toujours son mot à dire, même quand on essaie de le diriger.

Au final, cette tentative m’a fait sourire.
C’est une autre manière de vérifier ce que je savais déjà : en argentique, les meilleures surprises viennent souvent quand on ne cherche rien de particulier.
Quand on laisse un peu de place au hasard. Et quand une pellicule fait sa vie sans nous demander notre avis.

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