Dinard à l’argentique : ce qu’on fait avant le petit-déjeuner
J’avais glissé le Nikon F3 dans la valise. C’est une habitude, le F3 ne prend pas trop de place et on ne sait jamais. Le séminaire avait démarré la veille, dans les règles : réunions, présentations, dîner de groupe. Le lendemain matin, réveil un peu avant le lever du soleil, Dinard silencieux. En sortant, j’ai croisé quelques collègues en tenue de running et d’autres attablés devant leur café. De mon côté, j’avais le Nikon à la main. Une pellicule LomoChrome Color ’92 dans le boîtier, et pas vraiment de plan précis. C’est souvent dans ces conditions-là qu’on fait les photos les plus honnêtes.

Dinard hors saison
Dinard sans les estivants, et à 7h du matin, c’est un endroit un peu étrange. Les villas Belle Époque sont là, les palmiers aussi, le Grand Hôtel avec ses cinq étoiles peintes sur la façade. Mais sans personne sur les terrasses ni sur les plages, tout ça prend une dimension différente. Un peu figé, un peu suspendu. Le genre d’ambiance qui réclame de l’argentique plutôt que du numérique, même si je serais bien incapable d’expliquer vraiment pourquoi.


Je me suis retrouvé à longer la côte presque sans le décider, et ce sont les piscines de mer qui ont fini par occuper la quasi-totalité de ma pellicule. La piscine du Prieuré d’abord, avec son eau dormante, ses reflets parfaits des villas perchées sur la falaise boisée. Puis celle de la plage de l’Écluse, au pied de la pointe du Moulinet. Deux bassins construits pour les baignades en mer à marée basse, deux structures qui ont quelque chose de mélancolique quand il n’y a personne dedans.


Je ne sais pas pourquoi ces piscines de mer m’attirent autant. Les échelles métalliques surtout : j’en ai photographié cinq ou six ce matin-là, sous des angles différents, à différentes distances, avec plus ou moins de reflets dans l’eau. Comme si la pellicule allait finir par me donner une réponse. Elle ne l’a pas fait. Je vais probablement recommencer la prochaine fois.

LomoChrome Color ’92
Je ne connaissais pas vraiment ce film avant de le charger. Le LomoChrome Color ’92 de Lomography est conçu pour émuler les couleurs caractéristiques des pellicules du début des années 90 : une saturation assez douce, une légère dominante froide, un grain présent mais pas envahissant. Pas le genre de film qui en fait des tonnes. Ce matin-là, sous un ciel couvert et dans cette lumière un peu plate de bord de mer en automne, ça collait bien. J’ai quand même retravaillé les scans sous Lightroom, principalement sur les contrastes et les ombres, mais la teinte générale était déjà là.

Une pellicule entière pour deux heures
Trente-six poses dans la boîte. Pas toutes réussies, clairement, mais quelques-unes qui me plaisent vraiment. C’est sans doute ce qui arrive quand on ne réfléchit pas trop à ce qu’on va photographier : on se laisse porter par ce qu’on trouve en chemin, et parfois ça donne quelque chose.


Ce n’était pas ma première fois à Dinard, ni sur cette côte. Et pourtant je me suis encore retrouvé à m’arrêter toutes les cinq minutes, un peu bête, à regarder la lumière sur l’eau ou les reflets dans le miroir de la piscine. La Côte d’Émeraude a ce don incroyable de vous faire oublier que vous avez autre chose à faire.


Il était 9h00. Le séminaire pouvait reprendre, j’avais déjà eu ma meilleure réunion de la journée.


