En cherchant quelqu'un pour réviser mon Nikonos V, je suis tombé sur YannB, photographe de surf argentique basé à Biarritz. Rencontre avec un passionné qui connaît ces boîtiers de l'intérieur, au sens littéral du terme.

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Si vous avez lu mon article sur le Nikonos V, vous savez déjà que ce boîtier m’a tapé dans l’œil dès le premier regard. Son histoire, son design utilitaire assumé, sa place à part dans le monde de l’argentique, tout ça m’avait immédiatement séduit. Et comme je l’écrivais en conclusion de cet article, il me restait une étape évidente avant de l’emmener dans l’eau : trouver quelqu’un capable de réviser l’intégralité des joints et de tester l’étanchéité du boîtier.

Facile sur le papier. Beaucoup moins dans les faits.

Réviser un Nikonos V : pas si simple !

Le Nikonos V est un appareil sous-marin. Ça semble évident dit comme ça, mais ça implique une chose concrète : son étanchéité repose entièrement sur ses joints toriques. Des joints qui vieillissent, qui sèchent, qui se fissurent, indépendamment de l’usage. Un boîtier quasi neuf, stocké des années dans sa boîte d’origine, peut avoir des joints aussi défaillants qu’un exemplaire qui a avalé des kilomètres de pellicule sous l’eau. L’état cosmétique ne dit rien de l’état des joints.

Et avant de mettre un Nikonos V dans l’eau, il faut s’assurer que tout tient. Vraiment.

Set de joints d’origine pour Nikonos V avec graisse silicone, destiné au boîtier, à l’objectif, à la trappe de pile et à la prise flash.
Set de joints d’origine Nikonos avec tube de graisse silicone.

Certains joints sont accessibles à l’utilisateur et peuvent être changés sans démontage : le joint du dos, celui de la monture d’objectif, celui de la prise synchro flash, celui du compartiment pile. Mais le Nikonos V en compte une dizaine en tout, et les autres nécessitent un démontage complet du boîtier. Ce n’est pas de la bidouille de weekend.

J’ai donc cherché. Fouillé les forums, les groupes Facebook, les recoins de l’internet argentique. Et la première adresse sérieuse que j’ai trouvée pour la révision complète d’un Nikonos V, c’était Viejita Vintage. Excellente réputation dans la communauté. Un seul problème : basé en Californie. Envoyer son Nikonos V faire l’aller-retour Los Angeles pour une révision, c’est un peu radical, même pour quelqu’un qui souffre du GAS à un stade avancé.

En continuant à chercher, je suis finalement tombé sur YannB. Basé à Biarritz. La bonne adresse, enfin.

YannB : photographe de surf argentique, et bien plus

Avant de parler de joints et de tests d’étanchéité, il faut comprendre qui est YannB. Parce que c’est là que l’histoire devient vraiment intéressante.

YannB, photographe de surf argentique, palmes et Nikonos V à la main, prêt à entrer dans l'eau - © YannB / yannb.net
YannB, l’équipement essentiel : palmes et Nikonos V. © YannB / yannb.net

YannB est photographe, basé au Pays Basque. Son travail couvre le surf, l’outdoor, le lifestyle, avec des clients comme Arc’teryx, Pyrenex, Danner Boots, et des publications comme Surfer Magazine. Mais surtout, il photographie le surf en argentique, dans l’eau, avec un Nikonos V. Depuis une dizaine d’années.

J’ai eu envie d’en savoir plus, et je lui ai envoyé quelques questions. Voici ses réponses.

Pelloche : D’où te vient ta passion pour la photographie et comment ton parcours t’a-t-il amené à en faire ton métier aujourd’hui ?

Je crois que tout a commencé quand j’étais petit, avec mes premiers souvenirs en Polynésie. Je suis né à Tahiti et je me souviens d’un moment en particulier avec ma mère et mes frères. Nous étions sur une plage, presque seuls. Je pataugeais au bord de l’eau et les couleurs s’estompaient du rouge au bleu. Le mélange de ces couleurs, avec quelques silhouettes de palmiers, était captivant.

À l’adolescence, j’ai découvert l’univers des vidéoclubs où je louais des films avec mon père. J’étais complètement fan des films américains et je cherchais déjà en librairie des magazines “making-of” pour en savoir plus. J’avais besoin de nourrir ma curiosité et c’est toujours le cas aujourd’hui.

À 14 ans, j’ai commencé à prendre en photo mes copains de surf. À l’époque, les appareils photo étaient hors de prix, j’immortalisais presque tout avec des jetables que je faisais développer au labo du coin. Voyant mon enthousiasme pour la photo, mon père, plongeur démineur, m’a offert un appareil Fuji film étanche. J’ai alors découvert un nouveau monde à travers ce boîtier. Désormais, j’étais en mesure d’aller au plus près de l’action. Quand on y repense, ma passion pour la photographie est un mélange du cinéma des années 80/90 et les moments de vie que j’ai traversé de l’adolescence à aujourd’hui.

Pelloche : Tu es basé à Biarritz. En quoi l’océan et ce territoire influencent-ils ton regard et ton travail de photographe ?

L’avantage d’habiter à Biarritz, c’est d’être entouré à la fois par l’océan et les montagnes. La culture surf y est profondément ancrée, et j’ai la chance d’y croiser de nombreuses personnes passionnées par l’océan et la glisse. La lumière y évolue sans cesse au fil des saisons. L’hiver offre une douceur particulière, avec un soleil bas qui accompagne la journée et disparaît derrière les reliefs. Les tempêtes redessinent le trait de côte, transformant le paysage.

Au printemps, les jours s’allongent et l’énergie revient dans l’eau. L’été impose une lumière plus dure, mais certains jours deviennent uniques, portés par les entrées maritimes. L’automne reste ma saison préférée, avec ses teintes plus chaudes, sa lumière rasante et cette sensation de chaleur qui perdure. C’est un cadre idéal pour capturer des images naturelles, où chaque élément, lumière et océan, compose un décor vivant. Biarritz accueille aussi de nombreux événements sportifs, rassemblant parmi les meilleurs surfeurs au monde. Chacun avec son style, sa lecture de la vague. Et moi, au milieu, comme un spectateur plongé dans l’arène, à chercher le bon moment. Je trouve ça génial d’être au cœur de l’action.

Pelloche : Ton travail couvre des univers assez variés : surf, océan, voyages, collaborations avec des marques… Comment définirais-tu aujourd’hui ton approche de la photographie ?

Je pense que ces univers sont directement liés à mon mode de vie. J’ai la chance d’avoir grandi au bord de l’océan, avec les montagnes en arrière-plan. À 10 ans, j’ai découvert les joies du camping avec ma troupe des Scouts de France, dans le Sud-Est. Dormir sous tente, explorer différents coins de la France… tout cela avait quelque chose de magique. Je me souviens des feux de camp entre copains, des longues marches sur les hauteurs en Corse. Avec le recul, c’était une période incroyable.

Mais rapidement, l’appel de l’océan a pris le dessus. Tout a basculé le jour où j’ai eu ma première planche de surf. Cet univers m’a captivé et a nourri mon envie de voyage. J’ai ressenti le besoin de capturer ces moments avec les copains, le monde s’est élargi et c’est à ce moment-là que la photographie a pris une place importante.

À l’époque, il n’y avait ni Instagram ni véritable accès à internet comme aujourd’hui. Le surf était devenu mon passe-temps favori, et figer ces instants était essentiel pour moi.
Un jour, en feuilletant un magazine, je découvre que certains surfeurs que j’admirais partageaient des images “backstage” sur une application. Par curiosité, je m’y inscris : c’était Instagram, en 2011, quelques mois après son lancement.

Avec le temps, ma passion pour la photographie grandit. Je découvre le travail de photographes comme Chris Burkard ou Morgan Maassen, qui m’inspirent énormément. En 2016, je pars en Islande. Pour ce voyage, j’investis dans mon premier reflex : un Canon 5D Mark II accompagné d’un 70–200 mm f/2.8. Pendant deux semaines, je parcours l’île, capturant cascades, montagnes et glaciers. J’avais acheté un sac à dos Langly pour protéger mon matériel, et je taguais simplement la marque sur mes photos. Contre toute attente, ils m’ont contacté pour acheter deux images pour leur site. C’est comme ça que tout a commencé, et que j’ai ensuite eu l’opportunité de travailler avec des marques comme Arc’teryx, Pyrenex ou Danner Boots. Plusieurs voyages ont été marquants, dont celui en Nouvelle-Zélande où j’ai passé six mois dans mon van. Je commençais aussi à réaliser que je passais beaucoup trop de temps sur mon ordinateur au lieu d’explorer et de vivre pleinement l’aventure.

Aujourd’hui, je me suis éloigné de cet aspect plus “business” pour revenir à une approche plus personnelle : une photographie plus instinctive, plus brute. Celle qui m’a toujours attiré pour son exigence technique et son authenticité : l’argentique.

À mes débuts, comme beaucoup, je cherchais à améliorer mes images grâce à du matériel toujours plus performant. Je me souviens encore de l’émerveillement face aux premiers appareils numériques, à l’essor des GoPro, ou à mon Canon 5D Mark II. Mais avec le temps, les images sont devenues peut-être trop parfaites, trop nettes. Elles ne correspondaient plus vraiment aux souvenirs que j’avais en tête.

J’ai alors compris que l’imperfection de l’argentique révélait quelque chose de plus vrai, de plus sincère. Toute l’expérience accumulée au fil des années à chercher, expérimenter, repousser mes limites, je la retrouve aujourd’hui dans cette envie de réussir l’impossible avec des boîtiers d’une autre époque. Au fond, ce que j’aime, c’est le défi. Le défi de créer, de capter, de ressentir. Tout comme les photographes qui m’ont inspiré, j’ai plaisir à saisir des moments avec les mêmes tolérances techniques de l’époque. Je trouve cela vraiment excitant.

Pelloche : Tu photographies souvent directement dans l’eau, au plus près de l’action. Qu’est-ce que cela change dans la manière de travailler et d’anticiper une image ?

Être dans l’eau change tous tes repères. Tu évolues dans un environnement instable, en mouvement constant, avec des surfeurs qui arrivent à pleine vitesse. Tout se joue en quelques secondes, parfois moins. Il faut anticiper, se placer, lire la vague et se déplacer seulement avec ses palmes.

Avec le temps, tu apprends surtout à travers les erreurs. Chaque “fail” t’oblige à mieux comprendre le timing et le placement.
Évidemment, je shoote avec un Nikonos V et un 35 mm f/2.5. C’est un boîtier simple, construit dans les années 80, donc limité, notamment avec une vitesse maximale de 1/1000. En pleine journée, le filtre devient indispensable pour shooter du surf. Une fois dans l’eau, le réglage qui te préoccupe c’est la mise au point : tu dois anticiper le moment si tu veux ouvrir et capter de la lumière.

Le déclenchement devient instinctif. Dès que le surfeur entre dans le cadre, tu réagis vite ! Pas de rafale, donc chaque déclenchement compte. C’est cette contrainte qui rend la prise de vue aussi unique.

Pelloche : Quel est ton rapport à la photographie argentique aujourd’hui ? Quelle place occupe-t-elle dans ta pratique ?

Elle prend aujourd’hui une place essentielle dans mon travail. Petit à petit, je me suis éloigné du numérique. Je n’ai plus envie de passer du temps derrière un écran à retoucher mes images sur Lightroom, par exemple.
Évidemment, il y a une contrainte de budget. Le prix des pellicules a nettement augmenté ces dernières années, sans compter le développement et les scans.
Mais au final, je m’y retrouve largement. La qualité des images, mais surtout les souvenirs qui y sont attachés, n’ont rien de comparable. J’aime aussi prendre le temps de tirer certaines photos, d’en observer les détails, et de revivre pleinement le moment.

Pelloche : Tu utilises régulièrement des Nikonos et tu proposes également l’entretien et la révision de ces boîtiers. Comment en es-tu venu à travailler avec ces appareils si particuliers ?

C’est une nouvelle aventure, même si, au fond, elle remonte à l’enfance. J’ai toujours eu ce réflexe de démonter les objets pour comprendre comment ils fonctionnent.

J’ai mon Nikonos V depuis une dizaine d’années, et j’avais pris l’habitude de le rincer soigneusement après chaque session. Puis, par curiosité, j’ai commencé à démonter un objectif, puis un Nikonos IV entièrement.
Après quelques recherches, j’ai investi dans de meilleurs outils et un poste à souder. Aujourd’hui, je répare principalement toute la gamme Nikonos. Quelle que soit la panne, ces boîtiers n’ont plus vraiment de secrets pour moi.

J’ai aussi développé l’atelier avec des révisions complètes et des tests d’étanchéité, pour garantir une utilisation en toute confiance jusqu’à 50 mètres de profondeur.

Surfeuse bras levés sur une vague sous un ciel nuageux et brumeux, photo argentique noir et blanc au Nikonos V - © YannB / yannb.net
© YannB / yannb.net

Dans l’atelier de YannB : la révision complète du Nikonos V

On comprend mieux, à la lecture de YannB, pourquoi les Nikonos n’ont plus de secrets pour lui. Ce n’est pas quelqu’un qui a suivi une formation de réparateur, c’est quelqu’un qui a démonté des Nikonos par curiosité, qui a investi dans le matériel nécessaire, et qui connaît ces boîtiers de l’intérieur au sens littéral du terme.

Son process de révision est rigoureux. Démontage complet du boîtier. Remplacement de l’intégralité des joints, pas seulement les quatre accessibles en surface, mais les dix (ou plus ?) que compte le Nikonos V. Et pour le test d’étanchéité, il ne teste pas l’appareil assemblé : il désolidarise complètement la partie électronique et ne soumet à la pression que le boîtier nu. Zéro risque pour les composants. Le test confirme ou infirme l’étanchéité avant tout remontage.

La communication a été claire tout au long du process, le délai tenu, et le résultat au rendez-vous. Mon Nikonos V vert olive est revenu nickel, prêt pour l’eau.

Un grand merci à YannB pour le soin apporté à la révision de mon Nikonos V, pour le temps consacré à répondre à mes questions, et pour avoir accepté de partager ses images ici. Ses photos sont une vraie source d’inspiration pour moi (et une sacrée pression quand on prend le même boîtier en main).

Épilogue : le Nikonos V orange…

Peu après avoir récupéré mon Nikonos V vert olive, je suis tombé sur une occasion impossible à louper : un Nikonos V coloris orange, quasi neuf, avec sa boîte d’origine, son manuel en français et ses documents, distribué à l’époque par Nikon France S.A. L’étiquette du revendeur HyperMedia affiche encore 5 550 francs, soit l’équivalent d’environ 1 650 € aujourd’hui.

Nikonos V coloris orange vue de face avec bouchon d'objectif d'origine, sur fond blanc
Nikonos V coloris orange avec son bouchon d’objectif

Bref. Direction Biarritz pour une révision complète par YannB avant toute mise à l’eau.

YannB, en bref

YannB est photographe basé à Biarritz, spécialisé dans la photographie outdoor, surf et lifestyle. Il pratique la photographie argentique aquatique au Nikonos depuis plus de dix ans et propose un service de révision et d’entretien d’appareils photo argentiques, toutes marques. Son travail photographique, et notamment ses photos de surf argentique, est tout simplement remarquable.

Allez voir par vous-même. 🌊

Logo YannB, photographe de surf argentique basé à Biarritz

Photos reproduites avec l’aimable autorisation de YannB, tous droits réservés © YannB / yannb.net

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