Le cyanotype, c’est quoi ?
Le cyanotype, c’est l’invention de John Herschel, en 1842.
Le principe est simple : on enduit un support d’une émulsion sensible à la lumière UV, on pose dessus un négatif transparent, on expose à la lumière du soleil, et la magie opère. Le résultat est une image d’un beau bleu de Prusse caractéristique, solide et saisissant.
Le négatif transparent n’est d’ailleurs pas la seule option : on peut aussi poser directement des objets sur le papier enduit (fleurs, feuilles, dentelle, plumes…). Tout ce qui est opaque ou semi-transparent crée une silhouette. C’est même comme ça que le procédé a été utilisé à l’origine, notamment par la botaniste Anna Atkins pour réaliser des planches de cyanotypes d’algues dès 1843.
C’est aussi l’un des procédés les plus accessibles qui soit. Deux produits chimiques, du papier, du soleil (ou à défaut une lampe UV). Difficile de trouver une bonne excuse pour ne pas essayer.
Le matériel pour débuter le cyanotype

Pour l’émulsion, j’ai opté pour le kit Jacquard, deux bouteilles à mélanger en proportions égales juste avant utilisation. La solution A contient du ferricyanure de potassium, la solution B du citrate ferrique d’ammonium. Mélangées, elles forment l’émulsion sensible à la lumière UV. C’est le kit de référence pour débuter, largement documenté et disponible facilement. Moins de 30 €. Pas besoin de chercher plus compliqué.
Pour le support, le bloc Aquapad A5 de Clairefontaine, papier aquarelle grain fin, environ 15 € les 70 feuilles. Il accroche bien l’émulsion et supporte sans broncher les bains successifs et le rinçage.
Pour l’insolation, une lampe UV (environ 30 €). Parce que nous sommes à Nantes, et que le soleil nantais, c’est un concept plus qu’une réalité. Mais surtout, ça permet de travailler à n’importe quelle heure, par n’importe quel temps. Moins romantique que d’exposer au soleil, mais nettement plus pratique.
Côté outillage, quelques indispensables : des pinceaux (en mousse ou en poils) pour enduire le papier aquarelle, des seringues pour doser et mélanger les solutions A et B en quantités égales, des pinces bulldog pour maintenir le transparent sur le papier pendant l’insolation, une plaque de plexiglas pour bien plaquer le transparent contre le papier et éviter tout espace qui nuirait à la netteté de l’image, et du scotch papier pour délimiter les bords avant l’enduction et obtenir un cadre blanc net.
De la photo argentique au transparent
Pour illustrer le processus, je vais suivre une photo du début à la fin : une image prise rue de Rivoli à Paris, au Canon Dial 35, sur Kodak Ultramax 400. Scan, inversion dans Photoshop, impression sur transparent chez l’imprimeur, et on attaque.
L’étape Photoshop, j’avoue l’avoir un peu sous-estimée. Inverser l’image, c’est simple. Mais ajuster le contraste et la densité pour que les zones sombres du transparent soient vraiment opaques… moins évident. Un transparent trop léger, et le cyanotype final est plat. Sans punch.


Les transparents ont été imprimés par un imprimeur local (2 x photos sur une page A4). Pas encore d’imprimante jet d’encre à la maison, ce qui m’oblige à passer par un intermédiaire pour cette étape. C’est un peu moins pratique quand on veut faire plusieurs essais dans la même journée, mais au final ça fonctionne bien.
L’insolation
Avant de se lancer, un point important : plusieurs étapes du processus doivent être réalisées à l’abri de la lumière du jour (et surtout des UV). Le mélange des solutions A et B, l’enduction du papier, et le séchage de l’émulsion se font donc idéalement dans un endroit sombre ou sous éclairage artificiel faible.

Pour obtenir un cadre propre, je pose du scotch papier sur les bords avant d’enduire. On le retire avant l’insolation, et on obtient une bordure blanche nette autour de l’image. Ça change le rendu.

Une fois le papier enduit et séché, on pose le transparent dessus, on expose à la lampe UV, et on attend. Combien de temps ? C’est toute la question. Trop peu : l’image est pâle, sous-exposée, le bleu ne tient pas. Trop : les détails disparaissent dans une teinte uniforme.
J’ai donc fait ce que tout bon photographe amateur fait en pareille situation : des essais. Plusieurs. Avec des temps différents. Jusqu’à trouver le bon équilibre. En ce qui me concerne, autour des 11 minutes approximativement. Avec la lampe placée à 20/25 cm environ du papier.
Le rinçage
Une fois l’insolation terminée, on plonge le papier dans un bain d’eau claire. L’image apparaît progressivement, les zones non exposées se rincent, le bleu se fixe. C’est un peu comme voir une image émerger dans le bain de révélateur au labo, mais en bleu.

Une astuce glanée au fil de mes recherches : quelques gouttes d’eau oxygénée ajoutées après le premier rinçage. Le bleu s’intensifie et se développe en quelques secondes, là où l’oxydation naturelle prendrait 24 à 48 heures. Efficace, et à voir au moins une fois.
Pour le séchage, j’utilise l’égouttoir à vaisselle, solution parfaite pour débuter. Pour un résultat plus propre, mieux vaut sécher à plat sur un buvard, ou suspendu avec une pince à linge sur la bordure blanche laissée par le scotch. Pas de sèche-cheveux : le papier mouillé gondole déjà suffisamment tout seul.
Les résultats

Voilà donc le résultat final, du transparent au tirage. Le bleu de Prusse est bien dense, les détails architecturaux ressortent bien. Pas parfait (le temps d’insolation a encore été un peu approximatif et la préparation sur Photoshop pas optimale), mais encourageant.
Bilan
Je ne m’attendais pas à être aussi satisfait dès les premiers essais. Le cyanotype, c’est accessible, peu coûteux, et franchement addictif. Il y a quelque chose de presque magique dans ce moment où l’image apparaît dans le bain. Et que dire de cette couleur, ce bleu de Prusse profond et un peu mystérieux, qu’on ne retrouve nulle part ailleurs.


Ce qui me plaît, c’est le lien que ça crée avec mes photos argentiques. Voir une image prise au Canon Dial 35 ou au Nikon F3 se transformer en cyanotype sur du papier aquarelle… il y a quelque chose de cohérent dans cette chaîne.
L’argentique comme point de départ, le cyanotype comme destination.

Les prochaines étapes ? Mieux maîtriser la préparation des transparents dans Photoshop, explorer d’autres formats (A4) et d’autres supports (j’ai quelques idées…), et documenter tout ça en photos pour un article de suivi plus complet.
Stay blue. 💙



2 réponses
Un pas à pas précis et sensible, qui donne bien envie de se lancer. Des images en couleur, effet révélateur, chez soi, voilà travail d’artiste !
Merci Ariane ! Ravi que ça te donne envie. Je te prêterai volontiers le kit si tu veux te lancer… mais je crois que tu as quelques kilomètres à avaler avant ça, non ? 😄👟