Une journée géniale sur l'Île de Nantes à apprendre à regarder un bâtiment autrement : contre-plongées assumées, mesure spot, exercices divers, et moi, seul argentique au milieu de dix numériques, enthousiaste mais un peu dépassé.

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Le stage était organisé par le Photo Club Nantais, une journée entière, de 9h à 17h, avec Eric Forey, photographe d’architecture. Dix autres adhérents du club, tous équipés en numérique. Et moi, avec mon Nikon F6, mon 20mm, mon 50mm, mon 105mm, et trois pellicules dans le sac : une Ilford HP5 déjà entamée, une Kodak Tmax 100 fraîche, et une Kodak Ektar 100, la seule pellicule couleur de la journée.

Terrain de jeu : l’Île de Nantes, cet ancien quartier de chantiers navals reconverti depuis le début des années 2000 en vitrine d’architecture contemporaine, où se côtoient bâtiments institutionnels, écoles et friches industrielles recyclées. De quoi ne jamais manquer de sujets.

L’objectif : créatif, pas documentaire

Première chose posée par Eric dès le matin : on n’est pas là pour photographier un bâtiment de façon à ce qu’un architecte s’y retrouve. On est là pour en faire quelque chose d’autre.

La nuance a l’air anodine, elle ne l’est pas : la photo documentaire cherche à être juste, la photo créative cherche à être vue. Un bâtiment photographié pour un permis de construire et le même bâtiment photographié pour donner envie de le regarder deux fois, ce sont bien des approches différentes.

Le noir et blanc, le temps de quelques exercices

Détail amusant : sur certains exercices, Eric a fait basculer les boîtiers numériques de mes camarades en noir et blanc, histoire de leur montrer l’intérêt de la manœuvre. L’idée est d’apprendre à composer avec les lignes, les ombres et les contrastes sans se laisser distraire par la couleur, qui a tendance à masquer les défauts (ou les qualités) d’un cadrage.

Une parenthèse pédagogique, le temps de quelques prises. Impossible pour moi de faire l’exercice, mais le fait de shooter assez souvent en argentique noir et blanc m’aide déjà à comprendre l’intérêt de la manœuvre.

La contre-plongée, ou comment arrêter de lever l’appareil par réflexe

Premier réflexe technique du stage : la contre-plongée. Pas celle qu’on fait sans y penser en photographiant une façade trop haute pour reculer suffisamment, celle-là on connaît déjà, et elle donne des verticales qui convergent sans qu’on l’ait vraiment décidé. Eric nous a plutôt fait travailler l’angle comme un choix : jusqu’où on incline, pourquoi, et ce que ça raconte du bâtiment.

Deux conseils concrets sont ressortis de l’exercice. Le premier : se placer exactement au centre du bâtiment plutôt que de biais. Les lignes convergent alors de façon symétrique vers un même point de fuite, ce qui donne une image qui semble construite plutôt qu’accidentelle, même avec une contre-plongée marquée. Le second, pour les cas où la symétrie n’est pas possible ou pas voulue : choisir volontairement une ligne du bâtiment (une arête, un poteau, un montant de fenêtre) et s’en servir de repère vertical pour construire le reste du cadrage autour, plutôt que de laisser toutes les verticales partir dans des directions différentes.

Une contre-plongée réfléchie construit l’image, une contre-plongée involontaire fait juste passer pour quelqu’un qui ne savait pas où se mettre. Sur un écran de visée quadrillé, ça se voit tout de suite.

Lignes, ombres, rythme, formes : la grammaire du bâtiment

Le gros du travail de composition a porté là-dessus. Chercher les lignes qui structurent une façade plutôt que la façade entière. Utiliser les ombres portées comme second sujet, pas comme accident de lumière. Repérer le rythme d’une répétition de fenêtres ou de poteaux. Isoler une forme plutôt que de vouloir tout montrer.

Rien de révolutionnaire sur le papier, mais appliqué sur le terrain, ça change complètement la manière de s’approcher d’un bâtiment : on arrête de reculer pour tout faire entrer dans le cadre, et on commence à tourner autour pour trouver l’angle qui a quelque chose à dire.
Et au passage, pourquoi tenir toujours son appareil horizontal ou vertical ?

La mesure spot, ou sortir du tout-automatique

Eric a aussi insisté sur la mesure de la lumière, et en particulier sur la mesure spot : au lieu de laisser le boîtier faire une moyenne sur toute la scène, on mesure un point précis (une façade claire, une ombre, un ciel) et on décide soi-même de l’exposition à partir de cette valeur. Sur le F6, la bascule entre mesure matricielle et mesure spot se fait facilement, ce qui m’a évité un souci de plus dans une journée qui n’en manquait déjà pas. Reste que savoir où pointer le spot et quoi en faire, ça, ce n’est pas le boîtier qui le décide à ma place.

Petite anecdote au passage : parmi les exercices, Eric nous a aussi fait prendre une vingtaine de photos d’un seul et même bâtiment, pour forcer à en explorer tous les angles avant de passer au suivant. En numérique, l’exercice oblige également à ralentir.
Au prix de la pellicule (et du développement), j’ai hésité à vendre un rein pour me prêter à l’exercice, mais j’y ai finalement renoncé. La démarche est en revanche particulièrement intéressante.

A noter pensant le stage : Eric nous a montré l’intérêt d’un filtre polarisant, pour jouer notamment sur les reflets d’une vitre. Bluffant et particulièrement utile dans le cadre de la photo d’architecture bien sûr.
Je n’en avais pas, chaque façade vitrée du stage est donc passée sans filtre. Mais il est déjà sur ma liste d’achats, forcément.

Bilan d’une journée sans filet (et sans écran)

Une journée dense, conviviale et clairement enrichissante : contre-plongée, composition, mesure spot, exercices et conseils pertinents.

Si on peut tout à fait faire de la photo d’architecture en argentique, il faut bien avouer que dans le cadre précis d’un stage construit autour d’exercices et de corrections immédiates, ça n’a clairement pas facilité l’apprentissage. Le F6 n’a jamais été le problème. Le retour instantané qui manquait, parfois si.

Merci Eric

Merci à Eric Forey pour cette journée, animée avec professionnalisme et bienveillance. Au-delà de la pédagogie, c’est un photographe talentueux et un formateur qui sait faire passer ses idées sans jamais donner l’impression de réciter un cours. Il organise régulièrement des stages terrain, notamment un atelier sur la photo minimaliste et un autre sur la conception et la présentation d’une série photo. Deux formats qui me font clairement de l’œil pour une prochaine inscription.

Les photos qui illustrent cet article sont les miennes. Autant dire qu’elles ne rendent absolument pas justice à la qualité de la formation et au talent d’Eric. Pour voir à quoi ressemble vraiment son (magnifique) travail, direction son site ou ses réseaux :

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