Test de l'Agfa Isolette II, folding moyen format des années 50 reçu de mon ami Adrien. Deux pellicules, une sortie à Nantes, et un appareil qui s'avère bien plus simple à utiliser qu'il n'y paraît.

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Il y a des appareils qu’on convoite pendant des mois, et il y a ceux qu’on découvre le jour où un ami vous tend un carton. L’Agfa Isolette II appartient à la deuxième catégorie, puisque c’est Adrien, un bon copain, qui me l’a mis dans les mains. Enfin, dans une sacoche avec d’autres trésors récupérés chez son père.

Je l’ai trouvé magnifique. Puis les doutes sont arrivés, dans l’ordre : est-ce que je vais savoir m’en servir ? Et est-ce qu’un truc aussi vieux est encore capable de faire de jolies photos ?

Un peu d’histoire

L’Agfa Isolette est une famille d’appareils à soufflet (ou folding) moyen format fabriqués par la firme allemande Agfa à partir de la fin des années 40 et jusqu’au début des années 60. L’Isolette II se situe dans le milieu de gamme de cette série, entre l’Isolette I (plus basique) et l’Isolette III qui, lui, embarque un télémètre couplé. Pas de télémètre sur l’Isolette II. On estime la distance et on croise les doigts.

La production de l’Isolette II s’étale approximativement de 1950 à 1958. On est donc sur un appareil qui a bien soixante-dix ans au compteur, ce qui, il faut bien le dire, force le respect.

Fiche technique

  • Format : 6×6 cm sur film 120 (12 poses)
  • Objectif : Agfa Apotar 85mm f/4.5 (triplet 3 lentilles)
  • Obturateur : Pronto — B, 1/25, 1/50, 1/100, 1/200
  • Mise au point : par échelle de distances (pas de télémètre)
  • Viseur : optique simple, sans couplage
  • Exposition : 100% manuelle, pas de cellule

L’objectif Apotar est un triplet, pas aussi bien loti a priori que le Solinar 4 lentilles des versions haut de gamme, mais un cran au-dessus de l’Agnar de base. Pour un amateur dans mon cas, c’est… largement suffisant !

Première prise en main

La première chose qui frappe, c’est le look. Ce folding a une vraie gueule. Le métal brossé, le soufflet, les inscriptions gravées, l’objectif avec ses bagues concentriques bien nettes… on est loin du plastique des compacts des années 90.

Le déploiement est simple : on appuie sur le bouton de façade, et la platine porte-objectif glisse en position avec un clic net et satisfaisant. Il y a quelque chose d’un peu magique là-dedans : le petit rituel d’ouverture, l’objectif qui sort proprement, le soufflet qui se tend. Sur un reflex, on appuie sur un bouton et on shoote. Sur l’Isolette, on prépare l’appareil. C’est différent, et pas désagréable du tout.

Ce qui surprend aussi, c’est la finesse de l’engin une fois replié. Pour un moyen format, l’Isolette II est remarquablement plat : il tient sans problème dans une grande poche de veste ou dans un petit sac. C’est un vrai avantage sur mon Hasselblad 500 C/M qui, lui, ne se glisse à peu près nulle part. L’Isolette, on l’emporte sans y penser. C’est rare pour du 6×6.

J’avoue avoir été un peu intimidé avant la première utilisation. Un folding des années 50, sans notice en français, ça impose le respect. Mais à l’usage, c’est assez simple. Le chargement du film ne fait pas exception : on insère la bobine, on passe l’amorce dans la bobine réceptrice, on ferme le dos, et on avance le film jusqu’à voir apparaître le chiffre 1 dans la petite fenêtre rouge à l’arrière.

En revanche, certains gestes demandent un peu d’adaptation : on arme l’obturateur sur l’objectif via un petit levier, puis on déclenche depuis le boîtier. Deux gestes distincts, deux endroits différents. Pas très intuitif au départ.

Autre détail à connaître : après chaque déclenchement, le bouton se verrouille automatiquement et un petit point rouge apparaît sur le boîtier pour signaler qu’il faut avancer le film avant de pouvoir shooter à nouveau. Agfa avait anticipé l’étourderie des amateurs. Merci.

Les réglages : retour aux fondamentaux

Pas de cellule, pas de télémètre, pas d’automatisme. On règle à la main : la vitesse sur la bague de l’obturateur (B, 1/25, 1/50, 1/100, 1/200), l’ouverture sur le levier dédié (f/4.5 à f/32), la distance sur l’échelle en mètres.

Pour la mise au point, on estime la distance. Je me suis retrouvé dans la rue à fixer mon sujet avec un air concentré en murmurant “…trois mètres… peut-être trois et demi…”. Chelou.

L’exposition, je l’ai gérée avec l’application Lightme sur le téléphone, et la règle du Sunny 16. Ça marche plutôt bien, mais ça demande un peu de temps avant de déclencher.

Deux pellicules, deux ambiances

J’ai shooté deux films avec l’Isolette, développés et scannés par Emmatitia, mon labo nantais de référence. HP5 et Portra 400 : deux films, deux ambiances très différentes, mais un point commun : l’Apotar s’en sort plutôt bien dans les deux registres. En noir et blanc, le rendu est doux, avec un piqué franchement correct dès qu’on ferme un peu.

En couleur, la Portra apporte ses tons chauds et sa latitude généreuse qui pardonne les petites approximations d’exposition. Pas de mauvaise surprise côté optique, les limites viennent d’ailleurs…

Et puis il y a eu ce chevauchement de vues. Deux cadres qui ont décidé de fusionner sur la Portra, un avancement insuffisant du film, probablement. J’ai encore un peu de mal avec la mécanique : parfois le film ne s’avance pas bien, parfois le déclencheur reste bloqué, parfois les deux en même temps. A vérifier.

Ce que j’aime et ce que j’aime moins

Ce que j’aime : le look, d’abord, l’étui cuir, le métal brossé, les bagues gravées, tout. Le petit rituel d’ouverture aussi : appuyer sur le bouton, voir l’objectif se déployer, entendre le clic. Simple, mais très satisfaisant. La finesse pour un moyen format, qui permet de l’emporter sans y penser. La lenteur qu’il impose, le format carré, et les résultats qui m’ont agréablement surpris sur les deux films. Et puis l’histoire qu’il porte, notamment le fait qu’il vienne de la famille d’Adrien.

Ce que j’aime moins : l’avancement du film, pas toujours intuitif. Entre le verrou automatique, le levier d’armement, il faut un moment pour que ça devienne un réflexe. La mise au point par estimation aussi. Ça s’apprend, mais ça se paye en photos parfois floues au début. La vitesse maxi à 1/200s. Et les douze poses par film. Pas une de plus.

Verdict

L’Agfa Isolette II ne va pas détrôner mon Hasselblad 500 C/M. Soyons honnêtes, le Hasselblad c’est le Hasselblad, et rien ne remplace les optiques Zeiss et la modularité du système. Mais l’Isolette joue dans une autre cour, et ce n’est pas un défaut. C’est un appareil qu’on glisse dans un sac facilement, qu’on sort sans cérémonie, et qui produit des images qui n’ont pas grand-chose à envier à des boîtiers plus intimidants.

Si vous voulez découvrir le moyen format sans investir dans un Yashica Mat 124G ou un Hasselblad, les Isolette se trouvent encore à des prix très raisonnables (entre 40 et 100 euros selon l’état). Vérifiez le soufflet (les micro-trous sont fréquents et ruinent les négatifs), l’état de l’objectif, et prévoyez une petite période d’adaptation avec l’avancement du film.

En ce qui concerne mon exemplaire, il semble en parfait état, livré avec son étui cuir d’origine. Il ne m’a rien coûté, si ce n’est que je me sens maintenant redevable envers Adrien pour un bon moment. Ce qui, quelque part, lui donne plus de valeur qu’un achat sur LeBonCoin.

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