Techniquement, aucune photo ratée. Artistiquement, c'est une autre histoire. Premier bilan terrain du Nikon F6, adopté quelques jours avant le départ et découvert pendant les vacances dans les Hautes-Alpes.

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Le Nikon F6 est arrivé quelques jours avant le départ en vacances. Pas vraiment le temps de l’apprivoiser. Une pellicule chargée, quelques poses à Nantes pour vérifier que tout fonctionnait, et hop, dans le sac. Pas eu le temps de lire le mode d’emploi avant de partir. Je l’ai découvert sur le terrain, entre deux cols et un plan d’eau, ce qui n’est sans doute pas l’idéal pour un boîtier aussi riche en réglages.

Une mécanique qui ne rate rien

Autant le dire tout de suite : sur le plan technique, le F6 ne m’a laissé aucune excuse.

La mesure d’exposition 3D Color Matrix II, avec son capteur RGB de 1005 pixels, a négocié sans broncher les lumières les plus difficiles du voyage : ciel alpin cramé, rochers blancs qui renvoient toute la lumière, ombres dures sous les mélèzes. Je m’attendais à devoir corriger l’exposition à la main sur certaines poses, mais finalement je ne l’ai jamais fait. Le boîtier propose aussi la mesure pondérée centrale et la mesure spot pour les cas plus tordus, mais je suis resté en mesure matricielle presque tout le séjour : elle fait le travail toute seule, et parfaitement bien.

L’autofocus (11 collimateurs, système Multi-CAM 2000) accroche vite et sans hésiter, même sur des sujets en mouvement ou des contrastes faibles. Je suis resté en AF‑S tout le voyage, l’AF‑C attendra une prochaine sortie, mais même en mise au point simple, aucune photo ratée pour cause de flou.

Il y a aussi le 1/8000ème de seconde. Un chiffre qui a l’air anodin mais qui ne l’est pas tant que ça : en pleine lumière, avec une pellicule comme la Kodak Pro Image 100, ouvrir à f/1.4 sur mon Nikkor 50mm sans filtre ND tient uniquement à cette vitesse.

Petit détail amusant : le F6 permet d’imprimer des données directement sur la pellicule, entre chaque vue. Date, heure, vitesse, ouverture utilisées et correction d’exposition sont ainsi imprimées pour chaque vue. On retrouve par ailleurs ces infos a posteriori sur l’écran au dos de l’appareil. Pratique.

Ajoutons un viseur à couverture 100 % (ce qu’on voit dedans, c’est exactement ce qu’on obtient sur le négatif, un vrai confort sur des cadres serrés) et un boîtier qui a encaissé poussière, chaleur et transport en sac à dos pendant les randonnées sans problème. Techniquement, ce boîtier est assez incroyable.
Et encore, je n’ai découvert qu’une toute petite partie de ses possibilités.

Le problème, ce n’est pas le F6

Techniquement irréprochable, donc. Mais “techniquement irréprochable” ne veut pas dire “photos réussies”, et il y a une nuance à poser ici : mes photos de ce voyage sont correctes. Le F6 a assuré.
Ce qui me chiffonne, c’est plutôt le manque de créativité.

Pin cembro solitaire dans la Haute Clarée — Nikon F6, Kodak Pro Image 100
Un pin cembro solitaire dans la vallée de la Haute Clarée. Pro Image 100 en plein soleil d’après-midi.
Chapelle de la Visitation dans la forêt de Saluces, Hautes-Alpes — Nikon F6, Kodak Color 200
Jeanne sonne la cloche de la chapelle de la Visitation, dans la forêt de Saluces. Kodak Color 200.

Le F6 fait ce qu’on lui demande. Et parfaitement bien. Mais il ne décide ni du cadrage, ni du sujet, ni du moment où on déclenche. Sur ce voyage, ces décisions-là manquaient d’ambition plus qu’elles n’étaient ratées : des cadres corrects mais prévisibles, des sujets bien exposés mais choisis par facilité plutôt que par une vraie intention. La mécanique du F6 a documenté fidèlement mon manque d’imagination.

Trop facile pour être honnête

Il m’a fallu du temps pour m’habituer à cette réactivité.
Le Nikon F3 que j’avais avant demandait un peu plus de réflexion et d’anticipation : mise au point manuelle, exposition à vérifier, chaque réglage impliquait une petite décision consciente.
Le F6, lui, cède immédiatement. C’est un sacré changement de rythme.

C’est là que je retrouve un peu la logique qui me pousse à garder mon Leica M3 ou mon Hasselblad 500 C/M. Sur ces appareils entièrement manuels, chaque photo demande un effort : on règle, on vérifie, on hésite, et souvent on repose l’appareil sans déclencher. C’est plus lent, parfois franchement contraignant, mais ça oblige à choisir. Avec le F6, la facilité de prise de vue est telle qu’elle peut remplacer la réflexion par le réflexe. Un peu comme sur un appareil numérique moderne.
Le matériel n’a donc jamais été le problème. Mais le rythme, peut-être un peu.

Lac Long, Haute Clarée — Nikon F6, Kodak Pro Image 100
Lac Long, Haute Clarée. Reflet des crêtes au lever du soleil. Kodak Pro Image 100.

Sans parler du fait que j’ai sacrifié plusieurs poses à des sujets que je n’avais pas vraiment décidé de photographier, simplement parce que l’appareil était resté allumé. Une poche de sac, un genou, le plafond d’une voiture : le F6 a tout documenté, y compris ce qu’on n’a pas voulu photographier.

Lac Long dans la haute Clarée — Nikon F6, Kodak Pro Image 100
Le Lac Long, haute Clarée. Grain fin de la Pro Image 100 en pleine lumière alpine.

Quatre pellicules utilisées

Kodak Color 200 pour les débuts, la pellicule test, celle qu’on ne regrette pas trop de rater. Kodak Pro Image 100 pour la montagne en pleine lumière : grain très fin, couleurs naturelles, faite pour la lumière franche des Hautes-Alpes. Kodak Ultramax 400 pour les situations variables, le matin tôt, les ciels chargés. Et l’Ilford HP5, développée tardivement : les portraits, l’aiguille rocheuse de la Clarée, le plan d’eau d’Embrun, la brume du retour vers La Mure, un dernier arrêt béton à Lyon.

La Pro Image 100 est la révélation du voyage. En pleine lumière alpine, grain quasi inexistant, rendu des couleurs naturel sans être terne. Un film que m’avait conseillé Emmatitia, mon labo nantais, et qui a en plus l’avantage d’être bon marché (dans les 11 € si je me souviens bien).

Ce que ces vacances m’ont appris

Le F6 a un nombre de réglages qui dépasse largement ce à quoi le F3 m’avait habitué : modes de mesure d’exposition, sélection des collimateurs AF, mémoire d’exposition, personnalisation des commandes. Deux semaines sur le terrain n’ont pas suffi à tout explorer, mais elles ont suffi à commencer à m’orienter sans réfléchir à chaque manipulation, ce qui n’était pas le cas au départ.

Techniquement, donc, aucune photo ratée imputable au boîtier. Artistiquement, c’est une autre histoire, et la marge de progression qui reste n’a rien à voir avec le matériel. Reste à m’habituer à ce boîtier, à explorer le reste de ses possibilités techniques, et surtout à progresser pour être à la hauteur de ce qu’il sait faire.
La prochaine fois, j’essaierai l’AF‑C.
Et j’éteindrai le boîtier entre deux photos.

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