Il y a des appareils qui arrivent dans votre vie par des voies glorieuses. Le Leica M3 déniché en Italie, le Hasselblad négocié de longue date… Et puis il y a les autres. Ceux que votre fille ramène un jour avec l’air de quelqu’un qui vient de faire une bonne affaire : “Papa, j’ai trouvé un appareil photo, trois euros, il a l’air de marcher.” Voilà comment l’Olympus Trip AF S‑2 a atterri sur mon bureau.
Bon. Trois euros. On va voir ce qu’on peut en faire.
Un peu d’histoire : la saga des Trip
Pour comprendre le Trip AF S‑2, il faut remonter un peu. En 1967, Olympus sort le Trip 35, un compact entièrement mécanique, sans pile, qui va devenir une légende. Plus de dix millions d’exemplaires vendus sous le nom “Trip” en dix-sept ans de production. Le genre de chiffre qui donne le vertige.
Fort de ce succès, Olympus va exploiter le nom “Trip” comme un label grand public, en le recyclant à partir du milieu des années 80 sur une gamme de compacts d’entrée de gamme. Le principe reste le même, facile à utiliser, pour tout le monde, mais les beaux matériaux de l’original ont laissé place au plastique, et les optiques Zuiko haut de gamme à des objectifs plus modestes.
Le Trip AF S‑2 sort en 1992, assemblé en Chine (certaines pièces produites au Japon), et succède au Trip AF Super avec des formes plus arrondies, typiques du design du début des années 90. C’est clairement un appareil d’entrée de gamme, pensé pour les vacances et les occasions familiales, pas pour les photographes qui se prennent au sérieux. Ce qui, au fond, me convient assez bien.
Caractéristiques techniques
Autant être direct : la fiche technique de l’Olympus Trip AF S‑2 n’est pas franchement impressionnante. C’est même difficile à trouver dans le détail, les données officielles ont à peu près disparu avec les boîtes à chaussures pleines de diapos.

Ce qu’on sait avec certitude :
- Objectif : 34 mm fixe (pas de zoom, donc)
- Mise au point : autofocus infrarouge
- Exposition : entièrement automatique, vitesse et ouverture sont gérées par l’appareil, sans aucun réglage manuel possible
- Flash : intégré, automatique, avec mode Fill-In (flash forcé) activable manuellement
- Sensibilité film : lecture DX automatique, 100 à 400 ISO
- Avance/rembobinage : motorisé
- Alimentation : 2 piles AA
- Boîtier : plastique
- Poids : 190 g environ

Un point notable : le flash ne peut pas être désactivé. On peut le forcer (mode Fill-In), mais on ne peut pas lui dire de rester tranquille. En théorie, c’est une contrainte. En pratique, pas tant que ça.
Prise en main
Premier contact : l’appareil est léger, vraiment. 190 grammes, un boîtier plastique qui tient dans une poche de veste sans problème. Le viseur est agréable, plus confortable que ce à quoi on pourrait s’attendre sur ce segment. Rien à régler, rien à penser, on ouvre le cache-objectif coulissant (qui sert aussi de mise en marche), et c’est parti.
Petit détail qui m’a interpellé au chargement de la pellicule : l’avance jusqu’à la première vue n’est pas entièrement automatisée. Concrètement, on doit déclencher deux fois avant que le compteur affiche “1”, exactement comme sur un appareil manuel classique. Rien de dramatique, mais on ne s’y attend pas forcément sur un compact censé tout faire tout seul. Prévenez votre fille avant qu’elle panique.
Sur le flash : j’avais un peu appréhendé ce point. Un flash qu’on ne peut pas couper, sur une pellicule entière en extérieur… En réalité, la cellule fait son travail correctement. Sur toute la pellicule testée en conditions urbaines et de plein air, aucun déclenchement intempestif. Le flash se tient sage quand la lumière est suffisante. La limite reste réelle en intérieur ou lumière faible, là vous n’aurez pas le choix, mais en street photography de jour, ça ne pose pas de problème.
Le bruit du moteur d’avance film est présent, sans être gênant. Pas de quoi se faire (trop) remarquer dans la rue.
Les photos : une pellicule de Kodak Gold 200 dans les rues de Nantes
La pellicule choisie : une Kodak Gold 200, développée chez Emmatitia, mon labo nantais de référence. Réactif, sympa, accessible, de bon conseil, et à deux pas de chez moi, ce qui ne gâte rien. Si vous êtes sur Nantes et que vous cherchez où faire développer vos pellicules, c’est là qu’il faut aller.

Pour voir d’autres photos prises avec le Trip AF S‑2 par des photographes du monde entier, la communauté Lomography en recense un bon paquet : Olympus Trip AF S‑2 sur Lomography.
Bilan : que vaut vraiment l’Olympus Trip AF S‑2 ?
Soyons honnêtes : le Trip AF S‑2 n’est pas un appareil qui va révolutionner votre pratique de la photographie argentique. Ce n’est pas un Mju II, plus fin, plus élaboré, et encore moins un AF‑1 Super. C’est un compact d’entrée de gamme des années 90, pensé pour être simple, léger et accessible.
Et dans ce registre-là, il remplit parfaitement son contrat.
L’objectif 34mm produit des images correctes à honnêtes, avec un rendu couleur agréable sur Gold 200. L’autofocus infrarouge est fiable en extérieur. La cellule d’exposition fait son travail sans catastrophe. Le flash ne se déclenche pas n’importe comment en plein jour. C’est déjà pas mal pour un boîtier à trois euros.


Ses vraies limites : zéro contrôle manuel, ce qui peut frustrer dès qu’on commence à vouloir maîtriser un peu les choses, et ce flash qu’on ne peut pas éteindre, problématique en intérieur ou dans des situations où discrétion et lumière naturelle sont de mise.
Pour qui ? Pour quelqu’un qui débute et veut se faire la main sur de l’argentique sans se ruiner. Pour glisser dans la poche d’un ado ou d’une fille qui traîne dans Nantes un dimanche. Et franchement, à ce prix-là, c’est aussi une excellente réponse à ceux qui hésitent encore avec les appareils jetables. Un Trip AF S‑2 récupéré dans un vide-grenier, c’est un vrai objectif en verre, un boîtier réutilisable, et des résultats sans commune mesure avec un jetable en plastique moulé, dont le bilan écologique et le rapport qualité/prix restent pour moi un mystère assez complet. Évitez si possible les jetables et cherchez un point and shoot d’occasion. Vous en trouverez toujours un.
Cela dit, soyons clairs : trois euros, c’était une très bonne affaire. Dans la vraie vie, le Trip AF S‑2 se trouve plutôt entre 20 et 60 euros sur les sites d’occasion. Ce qui reste raisonnable pour un compact qui fonctionne, mais qui relativise un peu le mythe du “boîtier argentique pour pas cher”. Ma fille a eu du nez. Ou de la chance. Probablement les deux.
Est-ce qu’il rejoint la collection ? Vu que c’est l’appareil de ma fille… je vais gentiment le lui rendre. Mais pas sans avoir pris quelques photos supplémentaires avant.


